A Professional Liar

“L’acteur n’est jamais qu’un menteur professionnel.”

Gaspard opens up about how he prepared for his role in “Eva” and his perspective on acting in this interview for Le Parisien from March 06, 2018:

Le Parisien – On avait l’impression que depuis « Juste la fin du monde », qui lui a valu un César de meilleur acteur l’an passé, Gaspard Ulliel, 33 ans, se faisait plus rare au cinéma. Mais la belle gueule du cinéma français enchaîne les projets. On le verra bientôt dans «9 doigts», de François-Jacques Ossang, dans «Tassen, les confins du monde», de Guillaume Nicloux, et dans «Un peuple et son roi», de Pierre Schoeller.

Dans «Eva», de Benoît Jacquot, il incarne Bertrand, qui doit sa notoriété comme auteur de théâtre à un vol. Un personnage ambigu et complexe, tiré du roman de James Hadley Chase de 1946 et qui a déjà inspiré un film, en 1962, réalisé par Joseph Losey. « J’aime l’idée de sortir en permanence de ma zone de confort, d’aller vers des rôles qui me stimulent réellement. Aujourd’hui je veux être exigeant », explique-t-il.

Vous aviez lu le roman de Chase, ou vu le film de Losey ?

GASPARD ULLIEL. Benoît (Jacquot) m’a laissé libre de les consulter ou non. Evidemment, je n’ai pas résisté, j’ai lu le roman et vu le film, mais le traitement ici est très différent. Surtout par rapport à Eva, parce qu’on s’est éloigné du personnage de femme fatale classique pour en faire quelque chose de beaucoup plus prosaïque.

Comment avez-vous préparé le rôle ?

Certaines choses sont de l’ordre de l’impulsion. Il fallait que le personnage garde sa part de mystère, que ça reste opaque, flottant. Dans un registre comme le thriller, ça permet d’amener cette sensation de menace permanente.

Il y a un jeu de miroir entre Bertrand et Eva…

Le point d’accroche de mon travail, c’était cette idée que ce sont deux personnages qui se reconnaissent comme appartenant à la même race. Il y a ce thème récurrent chez Jacquot, Losey et Chase, c’est celui du rapport de classes. Mon personnage est toujours animé par cette idée de revanche sociale. On a l’impression que ce sont deux personnages qui ne cessent de se mentir l’un à l’autre, mais pour moi, ils se mentent d’abord à eux-mêmes. Cocteau disait que le cinéma est un mensonge qui dit la vérité. L’acteur n’est jamais qu’un menteur professionnel.

Quelle image avez-vous l’impression de renvoyer ?

Inconsciemment, on a un masque social, selon les personnes avec lesquelles on se trouve. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être dans une société qui est dictée par l’image qu’on renvoie et par tout ce jeu des réseaux sociaux qui ne ramène qu’à ça. C’est comme si on travaillait chaque jour à amplifier cette image fausse de nous, c’est assez terrifiant.

Comment se sont passées les retrouvailles avec Isabelle Huppert ?

J’étais très heureux parce que j’avais le sentiment qu’on ne s’était pas vraiment rencontrés il y a dix ans, sur le film de Rithy Panh (« Un barrage contre le Pacifique », en 2007). J’étais beaucoup plus jeune et on avait moins de scènes à partager. Je l’admire énormément, c’est toujours fascinant de la regarder travailler sur un plateau. Elle fait partie de ces actrices qui ont réussi à imposer un jeu inimitable. Elle a sa propre musicalité, son propre style. Et c’est toujours plus facile d’être bon face à un bon partenaire.

Vous aimeriez tourner ailleurs qu’en France ?

C’est très tentant, mais à quel prix ? Longtemps j’ai essayé de faire des allers-retours à Los Angeles, mais on ne m’a proposé que des rôles sans intérêt.

Beaucoup d’acteurs passent à la réalisation, ça vous tente ?

Le cinéma est venu à moi quand j’étais très jeune, je n’avais pas forcément conscience de ce que ça représentait, la passion est venue petit à petit. J’ai fait une fac de cinéma, et à ce moment-là, j’ai commencé à recevoir des propositions intéressantes en tant qu’acteur, ç’aurait été idiot de passer à côté. Mais j’avais toujours l’idée de m’essayer un jour à la réalisation. Et paradoxalement, plus j’avançais, moins ça me paraissait accessible.

A l’époque, beaucoup d’acteurs passaient à la réalisation, et je ne voulais pas que passer derrière la caméra soit perçu comme un effet de mode. On ne fait pas un film pour faire un film, on fait un film parce qu’on a des choses à dire et des choses à montrer. Mais je reste très cinéphile. Avant mon enfant (NDLR : il a un fils de 2 ans), j’allais au cinéma parfois quatre à cinq fois par semaine. Aujourd’hui, c’est compliqué alors je suis plus sélectif, j’en vois un ou deux par semaine.

La question du harcèlement sexuel s’est invitée aux Oscars, aux Bafta, aux César…

C’est sans doute parce que je ne suis pas une femme, mais à ma connaissance, ce n’est pas un phénomène si récurrent que ça, ou peut-être que je suis passé à côté. Je trouve ça très bien qu’il y ait cette prise de conscience, j’espère que ça changera les choses de manière définitive. J’ai l’impression que ce n’est pas propre au milieu du spectacle, ça arrive dans toutes les professions. Ce mouvement va certainement modifier certains comportements, mais il ne faudrait pas que ça change les mœurs d’une manière disproportionnée. On rentre très facilement dans une sorte de psychose où tout est interprété. Il faut garder une juste mesure.

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