“Seductive and Exigent”

At the moment I have so much material to post, I hope you don’t mind it! Anyway, here is another French interview (published on March 06, 2018) that mainly deals with how Gaspard approached Betrand, his character in “Eva”:

TRANSFUGE – La matière première des films de Benoît Jacquot, ce sont les acteurs. En l’occurrence, dans Eva, c’est une matière précieuse. Isabelle Huppert, dans le rôle–titre de la femme à la fois fatale et très terre-à-terre. Mais aussi Gaspard Ulliel en faux écrivain et véritable imposteur, qui tombe dans les rets de l’amour fou pour Eva. Gaspard Ulliel est le fantasme de l’acteur à lui tout seul. Séduisant et exigeant. Un corps, un visage, merveilleusement cinégéniques, mais aussi, ce qui manque souvent cruellement à ses pairs, des choix. Emmanuel Mouret, Bertrand Bonello, Ossang, Jacquot, la liste est éloquente. Bref, un ciné d’auteurs mais aussi de directeurs d’acteurs. Il nous répond de sa voix chaude et posée, lucide sur son travail mais soucieux de préserver sa spontanéité.

Benoît Jacquot me disait que vous connaissiez très bien son cinéma….

Il en rajoute un peu ! Mais c’est vrai que son cinéma me plaît. J’ai eu un coup de foudre pour A tout de suite, qui m’a énormément marqué. On s’est rencontrés ensuite à l’époque de la sortie d’Au fond des bois. On dit souvent que Benoît Jacquot explore des genres différents. Mais tous ses films se ressemblent : il a un style singulier, minimaliste, dépouillé. Et surtout, il place l’acteur, ou plutôt l’actrice au centre. Et moi, évidemment, ça m’a attiré…

L’acteur, justement. Votre personnage, Bertrand, est un imposteur, un acteur permanent de sa propre vie. Il y a des parallèles, non ?

Forcément, oui. Le parallélisme entre la mystification, et le cinéma, le jeu, est étroit. Le cinéma, pour parler comme Cocteau, « est un mensonge qui dit la vérité. » Mais il n’y a pas que Bertrand dans le film, il y a aussi Eva. Il y a une dualité un peu trouble entre les deux personnages. Un jeu de miroir évident, sur lequel je me suis appuyé.

Jouer un imposteur, un homme de la fausseté, c’est une gageure pour un comédien. Comment avez-vous fait ?

Je me suis reposé sur des détails subtils de la dramaturgie.

Comme par exemple ce gros plan sur une machine à carte de crédit dans l’hôtel, comme pour montrer que l’existence de Bertrand est précaire sous le masque ?

Oui, c’est d’ailleurs une scène qui est arrivée après l’écriture du scénario. On a discuté avec Benoît, et c’est après qu’on a rajouté la scène…

Et, au-delà, comment l’avez-vous joué ?

On me dit souvent que le personnage est antipathique. Ca me semblait évident, mais cette antipathie est une protection, une façon de ne pas se laisser démasquer.

Bertrand est un personnage ambigu, par nature…

C’est ce qui m’intéressait dans le film. Il y a quelque chose d’opaque, de flottant, et le film offre plusieurs niveaux de lecture et d’interprétation au spectateur. Et moi j’essaie dans mon travail de ne pas trop préciser les choses. Au demeurant, Benoît déteste la psychologie, il fait plutôt confiance à l’inconscient. Et c’est sa manière de travailler : le film se construit au gré du tournage, il s’invente au fur et à mesure.

Une façon de ne pas enfermer le film ou ses acteurs dans le carcan d’un programme ?

C’est sa manière de travailler. Par exemple, il comptait beaucoup sur l’interaction avec Isabelle. Et en particulier sur la première scène. Ce n’est pas anodin quand des acteurs font leur première scène ensemble et il savait qu’il y aurait quelque chose en plus. On est dans une sorte de fragilité, quelque chose d’un peu bancal, et il comptait là-dessus, sur cet état d’esprit, pour donner une direction au film.

[…] 

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